Une si petite feuille de papier …

Le 30 juin 2009 à 15:57

Je m’apprêtais à imprimer un mail qu’un ami m’a envoyé lorsque j’ai lu à la fin de son message : “Avant d’imprimer, pensez à l’environnement. Consider the environment before printing this mail.” Du coup j’ai renoncé à l’imprimer ; je me rendais d’ailleurs compte que l’impression de ce mail n’était pas vraiment indispensable.

Je me suis simplement rappeler qu’une petite feuille de papier est une partie, fusse telle infime, d’un arbre abattu quelque part sur planète. S’abstenir de l’utiliser pour une impression qui n’est pas nécessaire est une façon de contribuer à sauver un arbre : cet arbre qui donne de l’oxygène à l’humanité et piège le carbone qui réchauffe la planète.

Un petit geste pour une si petite feuille de papier ? Non. Si chaque habitant de la planète posait ce geste, au bout d’une année cela représenterait des milliards de papiers, des milliers d’arbres, c’est-à-dire des forêts entières conservées. Ne sous-estimons pas ces petits gestes du quotidien pour la planète. Il n’y a pas de petites économies. Comme le dit François d’Assisse, « Pour commencer, nous allons faire les petites choses faciles. Petit à petit, nous nous attaquerons aux grandes. Et, quand les grandes choses seront faites, nous entreprendrons les choses impossibles ».

Plus loin, j’ai consulté ces conseils proposés par Lexmark : évitez d’imprimer les emails et les brouillons ; choisir de préférence des papiers certifiés ; utilisez le mode d’impression en brouillon pour économiser de l’encre et accroître la durée de vie de vos cartouches ; jetez vos papiers et cartouches dans des conteneurs séparés pour faciliter le recyclage…

Le méthane des fonds sous-marins de l’arctique s’échappe

Le 6 octobre 2008 à 20:08

Je vous invite à lire cet article publié par le journal britannique “The Independant” qui relaie les premiers résultats d’une étude scientifique (en cours) selon lesquels le méthane stocké dans les fonds sous-marins de l’arctique a commencé à s’échapper vers la surface, du fait de la fonte du glacier. Les scientifiques redoutaient ce phénomène car les quantités de méthane emprisonné sous l’arctique depuis des milliers d’années sont énormes (elles dépasseraient en importance la totalité du carbone contenu dans les réserves mondiales de charbon) ; parallèlement le méthane est un gaz dont l’effet de serre est 20 à 22 fois plus important que le gaz carbonique. Sa libération totale dans l’atmosphère est donc considérée comme une catastrophe majeure pour le climat, car elle devrait accélérer le réchauffement climatique.

Il faut sauver les abeilles

Le 20 septembre 2008 à 15:57

Les abeilles sont-elles en train de disparaître ? On observe en tout cas, depuis quelques années, un curieux phénomène que les américains ont baptisé « Colony Collapse Disorder » (CCD – Syndrome d’effondrement des colonies) : des milliers d’abeilles ne rentrent pas dans leurs ruches, sans que l’on puisse retrouver leur trace ou leurs cadavres à proximité (elles « disparaissent » en quelque sorte !). Ce phénomène est observé dans de nombreux pays, et en particulier aux Etats-Unis où l’on estime que depuis 2006 le CCD a touché jusqu’à 75% des abeilles de Géorgie, d’Oklahoma, de Pennsylvanie, du Wisconsin ou de Californie ; un quart du cheptel des ruchers aurait disparu rien que durant l’hiver 2006-2007. Mais l’Europe et le Canada sont aussi de plus en plus touchés : au cours de la même période (hiver 2006-2007) 40 % des ruches se sont vidées au Québec, 25 % des colonies ont été décimées en Allemagne.

Les scientifiques ne s’accordent pas sur les causes de cette disparition. On évoque l’agriculture intensive, l’urbanisation, les pesticides et les industries chimiques, un virus ou une bactérie et plus récemment, des chercheurs allemands ont montré que les champs électromagnétiques des téléphones portables désorienteraient les abeilles, les empêchant de retourner à leurs ruches.

Si l’on ne s’accorde pas sur les causes du CCD, les conséquences potentielles, elles, ne font pas l’objet de doute quant à leur gravité écologique et économique. Pour une raison simple : la pollinisation est une fonction vitale pour la plupart des espèces végétales ; les pommiers, les amandiers, les avocatiers, les cerisiers, les oignons, les concombres, le coton, l’arachide, le melon, etc. dépendent de 90 % à 100 % des abeilles pour leur pollinisation. On estime qu’avec la disparition des abeilles, c’est 65 % des plantes agricoles qui seraient menacées, soit 35 % de notre alimentation. Un monde sans abeilles pourrait donc être un monde sans fleurs, légumes et autres plantes (ce qui naturellement menacerait la survie de certaines espèces animales).

L’affaire est par conséquent prise très au sérieux par les scientifiques (le phénomène a fait l’objet d’un rapport du Congrès américain en 2007). Car le CCD serait déjà à l’origine d’une baisse de la production agricole dans certaines régions. Selon Dennis van Engelsdorp, chercheur au département d’agronomie de l’université de Pennsylvanie, des producteurs de concombres de Caroline du Nord aux Etats-Unis ont réduit leur production jusqu’à 50 % simplement parce qu’ils n’ont pas trouvé suffisamment de colonies disponibles pour assurer la pollinisation !

Bien que la citation « si les abeilles venaient à disparaître, l’humanité n’aurait plus que quatre années devant elle », souvent attribuée à Albert Einstein, paraissent exagérée, il est hautement probable que sans abeilles, le visage du monde ne soit plus le même. D’où l’urgence d’une plus grande prise de conscience par le grand public (qui reste peu sensibilisé à ce phénomène) et d’actions pour sauver les abeilles.

Le téléphone portable comme le tabac…

Le 18 juin 2008 à 8:45

Une vingtaine de scientifiques internationaux (notamment des cancérologues) ont signé un appel invitant les utilisateurs de téléphones portables à la prudence, en s’inquiétant notamment des risques d’usage intensif de ces appareils sur le tissu cérébral. Car, selon eux, l’exposition à long terme à nos portables favoriserait l’apparition de cancers. L’appel va loin en décommandant complètement l’utilisation du portable aux enfants de moins de 12 ans.

L’appel des cancérologues alimentera sans doute davantage la controverse sur la question des dangers du portable (et d’une manière générale des réseaux électromagnétiques comme le wifi aussi) pour la santé humaine. Notons par exemple qu’un rapport de l’OMS de 2005 souligne que « les études épidémiologiques n’ont pas permis d’établir de manière convaincante un lien entre l’utilisation du téléphone portable et un risque accru de cancer ou d’autre maladie ». On est donc encore loin d’un consensus scientifique.

Mais cette controverse rappelle à bien des égards celle sur le tabac qui a duré plus d’un quart de siècle, nourrie par des avis et des études donc la plupart furent loin d’être scientifiquement honnêtes (comme l’on montré plus tard de nombreux documentaires et films), du fait des lourds enjeux financiers pour les firmes de tabac. Il aura fallu des dizaines d’années et des millions de morts et de malades pour admettre une évidence qui aurait pu (et dû) être établie dès les années 70 : le tabac tue !

Si je devais donc ajouter quelques mots à l’appel des scientifiques, j’inviterai les dirigeants nationaux et internationaux à éviter de reproduire les errements de nos sociétés face au tabac :
  • en mettant tout en œuvre pour que les chercheurs puissent parvenir le plus rapidement possible à consensus scientifique sur l’impact des téléphones portables sur la santé humaine ;
  • et surtout, en garantissant absolument l’indépendance des recherches, car on pointe déjà du doigt une corrélation plutôt problématique entre les résultats de certaines études et leurs sources de financements. C’est ainsi qu’une équipe de chercheurs suisses de l’université de Berne a montré, en 2007, que les résultats des recherches sur l’effet biologique des téléphones portables sont biaisés par leurs financements ; « les études qui ont été financées par les industriels (20 % du total), ont tendance à montrer que les radiofréquences n’ont pas d’effets biologiques sur l’homme, tandis que celles qui ont été financées par des fonds publics (19 % du total) ont tendance à en trouver ». (rapporté dans le journal le Figaro du 22 janvier 2007).

En attendant la fin de la controverse, n’oublions pas le principe de précaution adopté lors du Sommet de la Terre de RIO en 1992 : l’absence de consensus scientifique ne devrait pas empêcher l’adoption de mesures visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles. Dans cet esprit, adoptez les recommandations suivantes formulées par les auteurs de l’appel :

1. N’autorisez pas les enfants de moins de 12 ans à utiliser un téléphone portable sauf en cas d’urgence. En effet, les organes en développement (du foetus ou de l’enfant) sont les plus sensibles à l’influence possible de l’exposition aux champs électromagnétiques.
2. Lors de vos communications, essayez autant que possible de maintenir le téléphone à plus d’1 m du corps (l’amplitude du champ baisse de quatre fois à 10 cm, et elle est cinquante fois inférieure à 1 m de distance).
Dès que possible, utilisez le mode « haut-parleur », ou un kit mains libres équipé d’un tube à air dans ses derniers 20 cm qui semble moins conduire les ondes électromagnétiques qu’un kit mains libres filliaire traditionnel, ou une oreillette bluetooth (moins d’1/100e de l’émission électromagnétique du téléphone en moyenne).
3. Restez à plus d’un mètre de distance d’une personne en communication, et évitez d’utiliser votre téléphone portable dans des lieux publics comme le métro, le train ou le bus où vous exposez passivement vos voisins proches au champ électromagnétique de votre appareil.
4. Evitez le plus possible de porter un téléphone mobile sur vous, même en veille. Ne pas le laisser à proximité de votre corps la nuit (sous l’oreiller ou sur la table de nuit) et particulièrement dans le cas des femmes enceintes – ou alors le mettre en mode « avion » ou « hors ligne/off line » qui a l’effet de couper les émissions électromagnétiques.
5. Si vous devez le porter sur vous, assurez vous que la face « clavier » soit dirigée vers votre corps et la face « antenne » (puissance maximale du champ) vers l’extérieur.
6. N’utilisez votre téléphone portable que pour établir le contact ou pour des conversations de quelques minutes seulement (les effets biologiques sont directement liés à la durée d’exposition). Il est préférable de rappeler ensuite d’un téléphone fixe filaire (et non d’un téléphone sans fil qui utilise une technologie à micro-ondes apparentée à celle des portables).
7. Quand vous utilisez votre téléphone portable, changez de côté régulièrement, et avant de mettre le téléphone portable contre l’oreille, attendez que votre correspondant ait décroché (baisse de la puissance du champ électromagnétique émis).
8. Evitez d’utiliser le portable lorsque la force du signal est faible ou lors de déplacements rapides comme en voiture ou en train (augmentation maximale et automatique de la puissance lors des tentatives de raccordement à une nouvelle antenne relais ou à une antenne distante)
9. Communiquez par SMS plutôt que par téléphone (limite la durée d’exposition et la proximité du corps).
10. Choisissez un appareil avec le DAS le plus bas possible par rapport à vos besoins (le « Débit d’Absorption Spécifique » mesure la puissance absorbée par le corps). Un classement des DAS des téléphones contemporains des différents fabricants est disponible sur www.guerir.fr et d’autres sites internet.

7e édition du classement « Pour une high-tech responsable »

Le 25 mars 2008 à 21:08

Greenpeace a publié la 7e édition de son classement « Pour une high-tech responsable ». Ce classement apprécie le respect des exigences et normes environnementales par les entreprises de haute technologie, en évaluant des aspects tels que la présence dans les produits, des substances dangereuses pour l’environnement et la santé humaine (Polychlorure de vinyle -PVC, retardateurs de flamme bromés – RFB, etc.), l’implication dans le recyclage, la transparence et les informations aux consommateurs. Cette année, les bons élèves viennent d’Asie avec Samsung et Toshiba qui prennent les deux premières places. Plusieurs entreprises, mises à l’index dans les éditions précédentes, améliorent leur classement. C’est le cas d’Apple qui, selon le Guide de Greenpeace, s’est engagée à éliminer tous les usages de PVC et de RFB d’ici fin 2008, et fournit plusieurs exemples de substances additionnelles dont l’élimination est planifiée, comme l’arsenic des écrans LCD et le mercure.

Rappelons que les produits high-tech que nous utilisons quotidiennement (téléphones portables, ordinateurs, etc.) sont constitués de composants électroniques fabriqués à partir de nombreuses substances chimiques dangereuses pour l’environnement et pour la santé humaine. Ils posent de véritables enjeux d’élimination et de recyclage en particulier dans les pays en développement comme la Chine, l’Inde, le Nigéria, véritables dépotoirs des déchets électroniques (Lire à ce sujet l’article “Les e-déchets : le détour de l’Afrique ”).

Cette année, Greenpeace donne les estimations de Gartner selon lesquelles les TIC sont responsables d’environ 2% des émissions mondiales de CO2, un chiffre équivalent à celui de l’aéronautique.

Téléchargez le Guide

Arthur Clarke : une part de réalité de demain dans la fiction d’aujourd’hui

Le 21 mars 2008 à 21:03

Arthur Clark, célèbre auteur anglais de science-fiction s’est éteint le 19 mars dernier à 90 ans. Son livre à succès “2001, l’odyssée de l’espace” est le premier ouvrage que j’ai eu le bonheur de lire, qui posait la question de la relation entre l’homme et des machines dotées d’intelligence et de “conscience propre”. Le roman raconte l’histoire d’un ordinateur (Hal) qui décide de prendre le contrôle d’une mission spatiale parce qu’il estime que les hommes à bord ne sont plus aptes à la conduire. Il entreprend même de les éliminer de peur qu’ils ne compromettent cette mission. S’en suit alors dans l’immensité de l’espace sidéral un jeu de dissimulation et d’hypocrisie et une véritable traque entre Hal et les spationautes, dont un prendra le dessus après que l’ordinateur eût éliminé ceux qui étaient encore en hibernation. Ce livre m’avait inspiré une réflexion écrite en 1999 que je vous propose de lire ici (Réflexion sur l’intelligence artificielle) .

Un grand nombre d’ouvrages et de films (comme les plus récents, AI de Spilberg et I-robots) ont paru dans le prolongement de “2001, l’odyssée de l’espace”, montrant bien l’intérêt que suscite la question de savoir quelle serait l’attitude et le comportement des sociétés humaines devant des machines intelligentes, et inversement peuvent-elles échapper à l’homme, leur créateur, et finir par avoir une forme de conscience d’elles-mêmes au point de revendiquer leur liberté comme “Le robot qui rêvait” d’Isaac Asimov ou dans le pire des cas tenter d’éradiquer l’espèce humaine comme les machines de “Terminator” ? (J’avoue cependant ne pas beaucoup partager le pessimisme et la peur de l’ordinateur intelligent qu’inspirent la plupart ces œuvres). Je ne sais si tout cela restera de la fiction. Quoi qu’il en soit le débat sur l’intelligence artificielle demeure fort complexe, oscillant entre ses dimensions philosophique, cognitive et technologique. L’une des premières difficultés de consensus étant la définition même de ce qu’est l’intelligence (au moment où de plus en plus d’études scientifiques montrent des facultés surprenantes, inattendues ou du moins jamais observées jusqu’ici chez certains animaux). Une autre question plus technologique étant de savoir si la puissance de calcul (qui a permis à l’ordinateur d’IBM Deeper Blue de battre le champion du monde Kasparov au jeu des échecs – Lire à ce sujet l’article “Vivement le futur. Jusqu’où iriez-vous ? ) est la porte de l’intelligence ?

Je voudrais rendre ici un vibrant hommage à Arthur Clarke, celui qui a inventé le concept de satellite géostationnaire dans ses œuvres de science-fiction, ce qui nous confirme que la fiction d’aujourd’hui c’est une part de réalité de demain.

La Fondation Arthur Clarke
Une vidéo de Arthur Clarke disponible gratuitement sur Youtube.

Rascom enfin !

Le 23 décembre 2007 à 18:40

Plus de 15 ans après son initiation, le projet de premier satellite de télécommunications panafricain (RASCOM) connait enfin un heureux aboutissement. Vendredi 21 décembre dernier, ce premier satellite panafricain a été mis en orbite avec succès par la fusée Ariane. Les 45 pays africains qui ont participé à sa mise en place et à son financement verront leurs services de téléphonie fixe, de diffusion de télévision directe et d’accès Internet étendus, en particulier dans les zones rurales. Grandes oubliées de la révolution mondiale des TIC, la plupart des ces zones peinent encore à avoir simplement accès aux chaines nationales de radio ou de télévision. L’exploitation de ce premier satellite (d’autres sont prévus) commencera au premier trimestre 2008 avec l’installation de centres de contrôle au Cameroun, en Côte d’Ivoire, en Libye et en Gambie.

Au delà de la fierté de disposer d’un satellite (indépendance technologique) même sur le tard par rapport à d’autres pays ou régions (mais vaut mieux tard que jamais), rappelons que l’impact économique de ce projet est considérable : l’utilisation de ce satellite permettra aux pays africains d’économiser pas moins de 500 millions de dollars par an, montant qu’ils versaient aux opérateurs étrangers pour le transit de leurs communications, y compris les trafics nationaux et régionaux. Le lancement de Rascom rompt aussi avec le fait qu’en matière de TIC en Afrique, en une dizaine d’années, on a tellement discouru (innombrables colloques, conférences internationales et nationales, discours officiels, etc.) qu’agit effectivement qu’on désespérait de voir se réaliser des projets structurants de grande envergure, permettant de développer concrètement ces technologies.

Une bonne nouvelle donc en cette fin d’année, qui entretient sans doute l’espoir de voir enfin le continent s’approprier ces technologies et les mettre au service du développement économique, social et culturel.

Le coltan du sang (« Blood coltran »)

Le 17 décembre 2007 à 20:21

Pour réaliser certains composants électroniques utilisés dans la fabrication des téléphones portables, des ordinateurs, des caméras vidéos mais aussi des systèmes hautement spécialisés comme les satellites et les réacteurs, on utilise un minerai plutôt rare et précieux (ce qui lui vaut le nom d’or gris) : le coltan. Pour certains de ces produits technologiques il n’existe pas d’alternative au tantale extrait du coltan, en particulier pour les appareils de communication sans fil en plein essor. Un reportage de Radio-Canada rapporte qu’en 2000 une pénurie mondiale de tantale empêcha la firme japonaise Sony de fabriquer sa plate-forme de jeu vidéo Play Station 2 en quantité suffisante pour satisfaire la demande.

L’Afrique, à elle seule, posséderait 80 % de ce minerai, réparti notamment dans la zone des grands lacs (les deux Congo – d’où viendrait d’ailleurs le mot coltan – ayant plus de ¾ des réserves africaines). L’Europe et les Etats-Unis principaux consommateurs du coltan n’en détiennent (contrairement au pétrole ou au gaz) aucune réserve. Le rôle clé du coltan dans les secteurs économiques les plus florissants au monde depuis une quinzaine d’années, qui génèrent des chiffres d’affaires astronomiques (des centaines de milliards de dollars par an), aurait donc pu permettre aux pays africains producteurs de peser sur les marchés parmi les plus stratégiques et juteux de planète et de disposer d’une source de revenus importante pour leurs économies. Mais comme toujours en Afrique, ce minerai sème plus de désolation que de valeur ajoutée économique et sociale.

Une enquête diffusée récemment sur Canal + s’est intéressée à la production et au commerce du coltan au Congo (RDC). Elle montre que l’exploitation, faite de manière artisanale, emploie des adolescents qui travaillent sans aucune sécurité, alors que le minerai est radioactif (il contient l’uranium à petites doses). De plus, elle se fait essentiellement dans les zones de guerre, en particulier celles tenues par les rebelles. Ces derniers sont les véritables bénéficiaires de l’envolée des prix du coltan au cours de ces dernières années, consécutive à l’explosion de la téléphonie mobile (plus de 3 milliards de mobiles fonctionneraient dans le monde). Ce qui, comme les diamants du Libéra, leur permet de financer la guerre, une guerre qui dure depuis une dizaine d’années et qui a causé la mort de plus de trois millions de personnes, des atrocités qualifiées de véritables crimes contre l’humanité, la dévastation des écosystèmes forestiers et certains animaux comme les gorilles. Pour certains analystes, le coltan serait l’un des enjeux de la régionalisation du conflit du Congo avec l’implication des pays comme le Rwanda et l’Ouganda.

Vivement que des mécanismes internationaux effectifs se mettent en place pour contrôler la production et la commercialisation du coltan au Congo, que « nous touchons » d’une certaine manière à travers nos portables ou nos ordinateurs, afin qu’il ne devienne pas le « coltan du sang » comme les « diamants du sang » (« blood diamonds ») du Liberia et de la Sierra Léone ! Et que quelques uns d’entre nous, acquéreurs ou utilisateurs de téléphones mobiles, ne se sentent pas indirectement complices du commerce d’un minerai qui finance encore la mort au Congo.

Lire l’excellence enquête « La route commerciale du coltan congolais : une enquête » du GRAMA (Groupe de recherche sur les activités minières en Afrique) : http://www.unites.uqam.ca/grama/pdf/Martineau_coltan.pdf

Crimes contre l’environnement : la loi est dure mais il faut l’appliquer

Le 29 juin 2007 à 23:31

J’ai participé, au cours de ces dernières semaines, dans le cadre du Réseau d’Information pour le Développement Durable en Afrique Centrale (RIDDAC), à l’élaboration et la publication d’un recueil de textes juridiques sur les forêts et l’environnement au Cameroun. Cet ouvrage, qui a été présenté le 28 juin dernier au Centre Culturel Français de Yaoundé, est une compilation des lois, décrets, arrêtés et décisions ministérielles pris depuis une dizaine d’années pour réglementer la gestion des écosystèmes forestiers, la biodiversité et l’environnement au Cameroun.

Un des aspects de ces lois qui m’a singulièrement frappé est le régime de sanctions particulièrement sévères qu’elles prévoient contre les auteurs des atteintes à l’environnement et des pratiques d’exploitation frauduleuse et abusive des ressources naturelles. Dans la plupart des cas, ils sont passibles de peines privatives de liberté et/ou des amendes qui vont à des dizaines de millions de FCFA. Tenez par exemple : « Est punie d’une amende de cinquante millions à cinq cent millions de FCFA et d’une peine d’emprisonnement à perpétuité, toute personne qui introduit des déchets toxiques et/ou dangereux sur le territoire camerounais » ; ou encore : « Est punie d’une amende d’un million à cinq millions de FCFA et d’une peine d’emprisonnement de six mois à un an ou de l’une de ces deux peines seulement, toute personne qui pollue, dégrade les sols et sous-sols, altère la qualité de l’air ou des eaux, en infraction aux dispositions de la loi sur l’environnement. En cas de récidive, le montant maximal des peines est doublé ».

N’ayant jamais lu ces textes de lois jusqu’ici (bien que militant depuis une dizaine pour la cause écologique, c’est-à-dire environ l’âge qu’ont ces lois), j’ai été surpris, de lire que l’on peut faire de la prison à vie en portant atteinte à l’environnement au Cameroun ! Ceux à qui j’en ai parlé autour de moi (y compris des membres des ONG et des associations environnementales) se montraient encore plus interloqués.

Je me réjouis naturellement du fait que le législateur ait accordé aux atteintes à l’environnement les mêmes réponses pénales et civiles que les crimes les plus crapuleux. Seulement en poussant mes recherches plus loin je me suis rendu compte qu’aucune sanction de ce type n’a jamais été prise par une juridiction camerounaise. Pourtant, des villes comme Douala ont souvent servi de dépotoir des déchets toxiques introduits sur le territoire en violation de la loi ; dans cette même ville, des usines (brasseries, savonneries, sucreries, etc.) polluent sans êtres inquiétées. Un exemple récent : en 2005, 5.600 litres de chlore avaient été abandonnés dans un village de la banlieue de Douala. Pour s’en débarrasser, les autorités avaient choisi de dissoudre le chlore en mer mais l’opération a viré au drame: un soldat a été tué et une dizaine d’autres blessés lors d’une explosion accidentelle. Aucune poursuite judiciaire ne fut engagée.

On peut donc déplorer la non-application des lois forestières et environnementales censées être des instruments fondamentaux pour lutter contre la surexploitation actuelle des ressources naturelles et les pollutions et autres dégradations de l’environnement. D’où l’appel à des mesures politiques et institutionnelles pour que la loi soit appliquée.

De manière générale et plus globale, ce type de difficultés illustre bien le décalage qu’il y a aujourd’hui entre le discours politique national et international, les engagements que la communauté internationale ne cesse de prendre depuis au moins 35 ans avec la Conférence de Stockholm de 1972 (traités, conventions, déclarations, législations nationales, etc.) et les réalités sur le terrain qui n’évoluent pas beaucoup. Les lois nationales, les traites et conventions internationales n’ont de sens et d’intérêt pour la société que si elles peuvent apporter des réponses concrètes à des crises comme celle vers laquelle l’humanité fonce à grande vitesse.

L’ordinateur à 10 dollars : réduire les coûts pour quel usage ?

Le 25 juin 2007 à 12:26

La fracture numérique suscite ces dernières années des initiatives technologiques et commerciales généreuses qui ambitionnent de réduire le coût de l’ordinateur afin de le mettre à la portée des plus pauvres. Après le PC à 100 dollars de Nicholas Négroponte du MIT, soutenu par des entreprises comme AMD (processeurs), Red Hat ou Google, le ministère indien des ressources humaines vient d’annoncer qu’il mettra à la disposition des élèves, d’ici deux ans, un PC à 10 dollars ! Si les caractéristiques et les performances de ces ordinateurs se sont pas encore détaillées, ses concepteurs, plus optimistes que certains analystes qui doutent d’une réduction aussi importante des coûts en l’état actuel des technologies, estiment qu’ils seront pleinement fonctionnels. Le projet indien rejoint ceux d’Intel et de Microsoft qui ont aussi décidé de faire un geste en faveur des plus pauvres : en avril dernier, Bill Gates, le patron du leader mondial des logiciels, annonçait qu’il allait vendre à trois dollars seulement un pack constitué d’une version allégée de Windows et d’autres logiciels dans les pays en voie de développement (offre baptisée “Microsoft Student Innovation Suite”) ; Intel annonce un PC autour de 175 dollars. Bien évidement, ces initiatives, qui ont, pour certaines, plus ou moins des arrières pensées commerciales, ne doivent pas faire oublier la gratuité complète (0 dollars !) de nombreux logiciels libres dont Ubuntu (et sa suite éducative EduUbuntu) ; ces logiciels que j’ai adoptés depuis près de deux ans peuvent permettre de réduire considérablement les coûts d’informatisation dans les pays pauvres.

Pour revenir aux PC à 10 ou 100 dollars, j’ai eu l’opportunité d’assister à une présentation par Nicholas Négroponte de son projet « un ordinateur portable pour un enfant – One Laptop Per Child (OLPC) », au cours d’une conférence à l’Unesco à Paris il y a quelques années. Je n’ai pas partagé l’engouement que cette initiative a suscité, même si je salue la philosophie qui la sous-tend (réduire la fracture numérique). Je reste aujourd’hui encore réservé et plutôt sceptique quant à ses chances de s’imposer sur les marchés des pays visés.

Car, les projets de PC à 10 ou 100 dollars, bien que construits autour de la vision généreuse de répondre à la difficulté d’accès aux TIC dans les pays pauvres, comportent à terme des limites, dès lors que l’on pose les enjeux de ces technologies en terme de maîtrise et d’appropriation des usages sociopolitiques, économiques et culturels qui seront probablement structurants pour les organisations et les individus : e-learning, réseaux sociaux, commerce électronique, etc. Or, il ne faut pas perdre de vue que l’accès à certains de ces usages ou applications peut être conditionné par les capacités des outils utilisés. Par exemple pour lire convenablement des fichiers vidéos (qui peuvent être des supports de cours d’une formation à distance) il faut une machine avec des caractéristiques multimédias. Aussi, la question quel accès pour quels usages devient essentielle. Elle est d’autant plus importante que les besoins en performances matérielles des applications informatiques sont sans cesse croissants. Dans le cas des PC à 100 ou à 10 dollars, c’est en bridant les performances des PC que l’on parvient à une réduction importante des coûts : le laptop à 100 dollars est doté d’un processeur à 512 Mhz – soit le ¼ de la puissance actuelle des ordinateurs personnels et 256 Mo de RAM ; le disque dur est inexistant et est plutôt remplacé par une mémoire flash de 1 Go. Cette offre technologique limitée (en décalage avec l’évolution croissante des performances des matériels et logiciels informatiques) résout par conséquent le problème de l’accès sans garantir l’utilisation de nombreuses applications sociales, économiques ou culturelles qui émergent sur Internet ; les plates-formes éducatives, les applications du Web 2.0, les outils comme Myspace, Second Life, Google Maps, etc. qui combinent la vidéo, le son, les images de synthèse et demandent plus de puissance aux ordinateurs clients. La question qu’il faudrait se poser est de savoir si ces offres à très bas prix permettront d’utiliser ce type d’application. Sinon, ne risque t-on pas de substituer une fracture (l’accès) par une autre (les usages) ?