Crise climatique : une partie d’échecs sans issue ?

N’oublions pas que cette Terre, nous ne l’avons pas reçue de nos parents, nous l’avons empruntée à nos enfants.

Le Sommet des Nations Unies sur les changements climatiques s’est ouvert à Copenhague, avec dans son agenda la négociation d’un accord international qui devra succéder au Protocole de KyotoW expirant en 2012. Après plusieurs mois d’âpres négociations, tant au niveau des experts qu’au niveau politique, et malgré l’impressionnante médiatisation qu’a bénéficié ce sommet, les leaders du monde, ramant souvent à contre-courant de leurs opinions publiques peinent toujours à trouver un consensus sur deux points fondamentaux : les objectifs de réduction des émissions (au moins de 40% d’ici 2020 par rapport à 1990, car pour les scientifiques, en deçà de ce taux on atteindrait le point de non retour avec des effets irréversibles) et l’aide à apporter aux pays en développement (estimée à 110 milliards d’euros par an). On ne peut pas dire, au moment où s’ouvre ce sommet, quelle en sera l’issue. S’il est admis aujourd’hui que « la maison brûle » pour reprendre l’expression de l’ancien Président français Jacques Chirac lors du Sommet mondial sur le développement durable de Johannesburg en 2002, et que la responsabilité de l’homme est majeure dans ce désastre (il y a donc lieu de se féliciter des progrès dans la prise conscience par rapport à il y a dix ans), les résistances à l’action restent tenaces, aussi bien chez les riches que les pauvres. C’est à une véritable partie d’échecs que semblent s’être engagés les pays de la planète, chacun s’arc-boutant sur des considérations culturelles, géostratégiques ou économiques (qui ne cadrent pourtant pas toujours avec leurs intérêts à long terme).

Pour les Etats-Unis, ce ne sont pas seulement les enjeux économiques qui constituent le point de blocage et expliquent un jusqu’au-boutisme qui les a conduit à refuser de ratifier Kyoto, aussi bien sous une administration et un congrès démocrates que républicains. C’est aussi, et on l’a souvent malheureusement peu souligné, les motivations culturelles qui expliquent la position américaine, car dans cette question du climat, la perspective d’une remise en cause de leur mode de vie (l’American way of life) avec ce qu’il comporte comme excès, effraie bon nombre d’américains. Les chinois et les indiens, de leur côté, sont engagés dans une course effrénée au développement, sur les mêmes fondations que le modèle occidental, alors qu’ils auraient pu tirer les leçons des erreurs de ce dernier et proposer des paradigmes alternatifs. Dans ce schéma, ils opposent leur droit au développement à la protection de l’environnement, en considérant que des objectifs trop contraignants peuvent compromettre leur croissance. Pour les autres pays en développement ou pauvres, l’équation est encore plus simple : c’est aux pays industrialisés de payer l’addition, car ils ont une responsabilité historique dans la crise environnementale. Ils ont une dette écologique qu’ils doivent aujourd’hui honorer.

Je suis de ceux qui pensent qu’il faut nécessairement prendre en compte les enjeux sociaux de la question environnementale dans son ensemble (pas uniquement celle du réchauffement climatique), car il est évident, à moins de remettre en cause les logiques et les finalités sous-jacentes mêmes du développement tel qu’il a été construit et reproduit jusqu’ici (ce dont je ne suis pas contre!), il faut considérer que la préservation de l’environnement a un coût social. Or l’une des faiblesses des conventions internationales actuelles sur l’environnement est qu’elles intègrent insuffisamment des mesures d’accompagnement à l’adaptation, surtout dans les pays pauvres. Je milite donc pour une solidarité entre les pays, quoique les modalités soient difficiles à définir ; néanmoins le programme REDD (Réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation) est, à ce sujet, un exemple de mécanisme de compensation des efforts de conservation des forêts tropicales à encourager.

Cependant, je considère que les pays en développement commettent une erreur historique majeure et une faute éthique en faisant de ce principe de solidarité un objet de chantage et de marchandage, qui donne l’impression qu’ils n’ont rien à perdre. C’est justement la meilleure manière de prendre aux pays riches une part de leur responsabilité devant l’histoire et les générations futures.

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Commentaires

1 Commentaire

Comments (1)

NDAYISABA18 décembre 2009 à

Je suis tout à fait d’accord avec vos propositions. Mais, il faut que, nous mêmes africains, soyons les premiers à nous imposer contre la destruction de notre environnement. Sans nier l’aide qui peut venir de l’extérieur, je ne trouve pas nécessaire aller négocier à Copenhague. Ce qui est nécessaire et urgent est qu’il faut un changement de mentalité à tous les niveaux y compris la classe dirigeante.

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