Retour aux sources

J’ai passé quelques jours dans l’Est du Cameroun dans le cadre d’un projet du RIDDAC. C’est une région reculée, enclavée, qui se situe en plein cœur de la forêt primaire du Bassin du Congo, qui est la deuxième réserve de forêts denses et humides au monde après l’Amazonie. J’ai pensé partager mes impressions du voyage, un retour aux sources, une expérience unique, avec ces quelques notes.

En arrivant dans ces lieux, l’on se surprend à constater qu’il y a quelque chose de différent. En fait on est surpris par une sensation soudaine de bien être qui imprègne notre corps puis l’esprit. C’est au niveau de la respiration que tout commence : on a comme l’impression de sortir d’un carcan suffocant, d’une boîte dans laquelle on étouffait, et que subitement tous les sens, toutes les parties du corps se déliaient d’un long sommeil, s’étaient remis à vivre, s’étaient largement ouverts pour nous laisser flotter dans cet air pur qui semble pénétrer au plus profond de soi. C’est là qu’on se rend subitement compte qu’on est loin très loin de la ville. On regarde alors autour de soi et l’on voit ces arbres, majestueux, si grands, si forts. 3 m de diamètre ? 60 de long ? Peu importe. Ils semblent faire un avec le ciel. Ici c’est eux qui dominent, sans oppresser.

Et puis il y a tous ces sons, cette mélodie paisible. C’est bizarre parce que ces sons proviennent de tant d’êtres différents (des centaines d’animaux peut être, des feuilles des arbres et des plantes), mais, comme une symphonie parfaite, ces sons s’agrègent dans un tout harmonieux formant une musique merveilleuse. On croit parfois déceler une conversation entre les espèces qui peuplent ces lieux, un langage subtile. Si seulement je pouvais le comprendre. Mais là encore peu importe, je me baigne dans cette mélodie qui semble éternelle pour essayer de faire un avec la nature.

De temps à autre cette harmonie est perturbée par le vrombissement du moteur du véhicule : un écureuil traverse la route apeuré. Et on rencontre quelques gorilles, je frémis, car je me sens si petit, mais je me souviens que les anciens disent que les animaux savent lire dans nos coeurs. Et ce sont nos intentions qui déterminent leur propre attitude à notre égard. Si l’on passe simplement sa route il n’ y a pas à avoir peur. Alors j’admire leur insouciance, je contemple leurs gambades à travers les arbres. Tout paraît si simple chez eux.

Et puis on traverse quelques cases en bambou et en raphia, brunis par le soleil. Il y a quelques personnes, ils regardent, mais ce regard est furtif, désintéressé. Et c’est là que l’harmonie dans laquelle baignait mon esprit s’arrête net. Comment ces gens nous considèrent-ils ? Nous les hommes de la ville, « imbus de modernité ». J’aimerai bien sonder leur esprit, savoir ce qu’ils pensent. Je culpabilise. Je me dis qu’ils nous connaissent bien. Nous ces hommes qui ne respectons rien, qui avons oublié que ces arbres ont une âme, et qu’après tout c’est pour nous qu’ils vivent, qu’ils doivent vivre. Ces gens nous avaient accueilli avec les bras ouverts, mais nous leur avons offert en échange condescendance, mépris : de leurs valeurs, de leurs savoirs. Puis, nous avons fait éruption dans leurs forêts sacrées, détruisant ce que la nature avait mis des centaines d’années à bâtir. Ce qui est surprenant c’est leur silence : ils ne revendiquent pas leurs droits, ne se mettent pas en grève. Faiblesse ? Abdication ? Stoïcisme ? Peut-être pas. C’est comme s’ils disent au monde qu’après tout ils ne sont que les locataires (et pas les propriétaires) de ces lieux et qu’un jour viendra où la nature elle-même réglera la question. Je me souviens alors des paroles de ce vieux sage « Faut pas se préoccuper des arbres qui tombent, mais du sort que la nature réserve à ceux qui les font tomber, de la colère du vent de l’eau et du feu (le soleil ?) sur l’Homme ».

J’essaie de me promettre, dans une démarche constructive, de réfléchir sur les ponts entre les deux mondes (faut-que-je-fasse-quelque-chose). Comment par exemple conserver et valoriser ces connaissances et ces savoirs millénaires (mon sujet d’étude), repères des peuples qui surent avant nous ce que signifie le mot durable, qui inéluctablement se perdent avec les illusions de la contemporanéité ? En passant, lorsque ce mot CONSTRUCTIF m’est venu à l’esprit, je suis m’interrogé brièvement sur les langues. J’ai pensé aux mots comme DURABLE (SUSTAINABLE en anglais), RATIONALITE, etc. et je me suis demandé s’ils ont une traduction dans la langue locale de ces gens. Peut-être que tout est finalement un problème de langue. Peut-être devrions nous parler peu pour vivre densément des valeurs qu’aucun mot ne peut vraiment traduire !

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Commentaires

1 Commentaire

Comments (1)

MrBark27 novembre 2008 à

Bjr :) merci pour ce billet foprt intéressant :) il y a cependant queques points obscurs : des centaines d’animaux peut etre, des feuilles des arbres et des plantes … qu’entends tu par là ? bonne continuaiton :)

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